
(Paris) – Le 7 octobre dernier, l’idée que les journalistes puissent être des cibles militaires délibérées aurait semblé absurde. Mais après près de 50 jours de guerre, avec un bilan de plus de 13 000 morts, dont 5 500 enfants, la réalité est claire : à Gaza, les reporters et photojournalistes palestiniens sont devenus des cibles prioritaires de l’armée israélienne. Une guerre méthodique et chirurgicale, non seulement contre les voix qui documentent le conflit, mais aussi contre leurs familles et leurs foyers.
Israël, accusé de vouloir rendre le conflit invisible, bombarde les maisons des journalistes, transformant leurs domiciles en tombes. Ce ne sont plus seulement les reporters sur le terrain qui risquent leur vie en documentant les bombardements et les offensives militaires, mais aussi ceux qui cherchent un semblant de refuge auprès de leurs proches après des journées passées à témoigner des horreurs. Les opérations israéliennes, qualifiées de « journalisticide » par de nombreux observateurs, visent à éliminer ces témoins essentiels avec une précision glaçante.
Des cibles identifiées et éliminées
Assaad Shamlakh, journaliste indépendant, a été tué avec neuf membres de sa famille lors d’une frappe aérienne israélienne sur sa maison à Sheikh Ijlin, dans le sud de Gaza. Peu après, Alaa Taher Al-Hassanat, journaliste, périssait dans une attaque similaire. Plus récemment, le photojournaliste Mohammad Moin Ayyash a perdu la vie, avec plusieurs membres de sa famille, lorsque des avions israéliens ont bombardé leur maison à Nuseirat. Ces noms, parmi d’autres, s’ajoutent à une liste toujours plus longue.
Selon l’agence palestinienne WAFA, les frappes israéliennes se multiplient sur les domiciles de civils, y compris ceux identifiés comme appartenant à des journalistes. À Deir al-Balah, deux maisons appartenant à une famille kurde ont été ciblées, entraînant des dizaines de morts et de blessés. Dans le camp de Jabalia, au nord de Gaza, des raids ont tué des dizaines de civils, détruisant les maisons de familles entières. Dans chaque cas, les attaques semblent délibérément orchestrées pour museler toute tentative de relater les faits.
Une guerre sans témoins
Le bureau des médias du gouvernement à Gaza rapporte qu’au moins 60 journalistes ont été tués depuis le début du conflit, bien que le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York, avance le chiffre de 53. Parmi les derniers noms ajoutés à cette liste tragique figurent Sari Mansour et Hassouna Islim. Ces chiffres font de cette période l’une des plus meurtrières pour les reporters couvrant un conflit, selon Jodie Ginsberg, présidente du CPJ. « Nous documentons les attaques contre les journalistes depuis plus de 30 ans, mais jamais nous n’avons vu une situation aussi meurtrière », a-t-elle déclaré à CBC News.
Les journalistes palestiniens, qui tentent de briser le silence imposé par les bombardements et la propagande, sont systématiquement pris pour cible. L’objectif, selon de nombreuses voix critiques, est clair : éliminer les témoins et réduire au silence ceux qui dénoncent les massacres et l’occupation.
Un bilan humain insoutenable
Depuis le 7 octobre, les bombardements israéliens ont fait plus de 13 000 morts à Gaza, dont 5 500 enfants et 3 500 femmes. Les blessés dépassent les 32 000, et 75 % d’entre eux sont des femmes et des enfants. Ces chiffres, relayés par le gouvernement de Gaza, illustrent l’ampleur des pertes humaines dans une guerre où même les sanctuaires les plus élémentaires – les maisons, les hôpitaux, les écoles – ne sont plus épargnés.
Pour les journalistes palestiniens, le danger est omniprésent. En ciblant leurs domiciles, Tsahal ne tue pas seulement ceux qui tiennent la caméra ou la plume, mais aussi leurs familles, afin de s’assurer qu’aucun témoin ne puisse reprendre leur travail.
Une guerre contre la vérité
Le « journalisticide » qui se déroule à Gaza est bien plus qu’une série d’attaques contre des individus. C’est une tentative de contrôler la narration d’un conflit en effaçant ceux qui rapportent la vérité. « Les voix de la vérité sont la cible », dénoncent les autorités palestiniennes. Les journalistes, irremplaçables travailleurs de l’information, sont éliminés un à un, dans une guerre brutale menée contre la liberté de documenter et de témoigner.
Chaque photo non prise, chaque reportage non écrit, est une victoire pour ceux qui cherchent à occulter la souffrance des populations civiles. Mais malgré les menaces, des journalistes continuent de risquer leur vie pour que le monde sache. Leur courage est une lumière dans l’obscurité, une preuve que, même sous les bombes, la vérité refuse de mourir.
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