
(Paris) – À Gaza, la guerre ne fait pas que des morts parmi les civils. Depuis le début de l’offensive israélienne en réponse à l’attaque du Hamas le 7 octobre, les journalistes sont devenus des cibles privilégiées. En moins de deux mois, 53 reporters ont perdu la vie, faisant de ce conflit l’un des plus meurtriers pour la presse dans l’histoire récente. Ce chiffre, terrifiant, ne reflète pas seulement la brutalité des combats, mais une stratégie délibérée visant à éliminer les témoins gênants.
Des chiffres qui interpellent
Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), parmi les victimes, 46 sont palestiniennes, 4 israéliennes et 3 libanaises. À cela s’ajoutent 11 journalistes blessés, 3 disparus et 18 arrêtés. Des chiffres qui traduisent une réalité sombre : couvrir la guerre à Gaza, c’est risquer sa vie chaque jour, que ce soit sur le terrain ou même dans ses propres murs.
Car la violence ne frappe pas uniquement les reporters en mission. Les maisons de journalistes, bien souvent identifiées et localisées, sont devenues des cibles. Alaa Taher Al-Hassanat, journaliste palestinienne, a été tuée dans une frappe aérienne avec plusieurs membres de sa famille. Mohammad Moin Ayyash, photojournaliste, a connu le même sort, sa maison réduite en cendres avec ses proches à l’intérieur. Ces attaques soulèvent des questions : s’agit-il de simples dommages collatéraux ou d’une volonté délibérée d’effacer les témoins du conflit ?
Une presse réduite au silence
La situation est si critique que Jodie Ginsberg, présidente du CPJ, a lancé un cri d’alarme : « Nous enregistrons les attaques contre les journalistes depuis plus de 30 ans, mais jamais une période n’a été aussi meurtrière pour les reporters couvrant un conflit. » Ce constat s’inscrit dans un contexte où la liberté de la presse est constamment menacée, non seulement par les bombardements, mais aussi par des menaces, des cyberattaques et une censure de plus en plus étouffante.
Ce climat de peur est aggravé par les récits poignants des journalistes eux-mêmes. Ayat Khaddura, reporter palestinienne, avait posté une vidéo quelques heures avant sa mort. « Ceci pourrait être ma dernière vidéo », disait-elle, la voix tremblante. Elle y décrivait les bombes au phosphore larguées sur Beit Lahia et les évacuations chaotiques de civils. Quelques heures plus tard, elle tombait sous les bombes israéliennes.
Une guerre contre l’information
À Gaza, la disparition des journalistes n’est pas un simple effet secondaire du conflit : c’est une guerre contre l’information elle-même. Le massacre de la presse semble participer d’une stratégie visant à rendre le conflit invisible. En éliminant ceux qui documentent les souffrances et les exactions, l’objectif est clair : contrôler le récit, empêcher que le monde ne voie ce qui se passe réellement.
Cette offensive contre la presse s’inscrit dans une tragédie humanitaire plus vaste. À ce jour, plus de 13 000 Palestiniens ont perdu la vie, dont 5 500 enfants. Des hôpitaux, des écoles et des infrastructures essentielles ont été réduits en poussière. Les pénuries de nourriture, d’eau et d’électricité rendent la survie quotidienne presque impossible. Dans ce contexte, les journalistes sont souvent la seule voix capable de transmettre cette réalité au monde extérieur.
Un appel à l’action
Le silence de la communauté internationale face à ces attaques répétées contre les journalistes est assourdissant. Pourquoi si peu de réactions des grandes puissances ? Où sont les institutions censées protéger la liberté de la presse ? Ces questions restent en suspens, tandis que la liste des reporters tués s’allonge chaque jour.
Les journalistes présents à Gaza ne se contentent pas de rapporter les faits : ils risquent tout pour montrer l’indicible. Leur travail est un rempart fragile contre l’oubli. Mais chaque mort, chaque caméra détruite, chaque plume réduite au silence, renforce l’urgence d’agir. Le monde peut-il encore détourner le regard ? La vérité elle-même, sous les bombes, semble demander une réponse.
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